CHARLOTTE BEAUFORT
Diaphanies et Hommage à Robert Irwin

Texte de présentation de l'exposition Lenteurs, exposition de peinture et de lumière, 22-30 septembre 2012.

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diatenuitas.1-6-2012

Charlotte Beaufort poursuit un travail théorique et pratique sur l’expérience phénoménale de la lumière dans ses dimensions spatiale et temporelle. Ses « sculptures de lumière », ou voluminosités, se transforment dans la durée, interrogent notre rapport au monde et en éveillent les dimensions sensitives et mémorielles. C’est en travaillant notamment sur la lenteur qu’elle explore, à l’aide de partitions de lumière, les notions d’étendue et de durée.

Charlotte Beaufort exposera Hommage à Robert Irwin, de la série des Partitions pour chambre à lumière, qui nécessite cinq minutes d’adaptation à l’obscurité et joue sur l’attente, la surprise, le dévoilement et les métamorphoses de l’extension. Plusieurs Diaphanies feront interagir programmation lumineuse et aléas de la lumière du jour pour déployer dans la durée l’apparition/disparition
des phénomènes.


Série Diaphanies

Les Diaphanies (étymologiquemet « ce qui apparaît à travers Â») font interagir programmation lumineuse et aléas de la lumière du jour pour déployer dans la durée l’apparition-disparition de phénomènes.

Chacune des Diaphanies est pensée en rapport avec le lieu et la manière dont celui-ci est habité par la lumière du jour. Les interactions entre une Diaphanie, les aléas de la lumière du jour et l’espace sont, pour une part essentielle, incontrôlées et pourtant nécessaires, voire inéluctables. Cette action combinée produit continûment le phénomène qu’est l’œuvre.

Le motif de la Diaphanie n’est pas l’objet de l’œuvre. Référentiel ou non, malgré les apparences, voire contre les apparences, il hésite le plus souvent entre les deux ou suscite cette hésitation. Il n’est, en fait, qu’un objet supplémentaire intervenant dans le jeu des interactions. Il y apporte sa propre contribution incertaine, pour mieux insister sur le mouvement et le moment de la déprise de la référence.

Les Diaphanies focalisent ainsi davantage l’attention sur le phénomène procédant de la disparition, sur le mode d’une « phénoménologie négative Â».

Le phénomène apparaît dans le mo(uve)ment de la disparition de la Diaphanie, il naît de la disparition, de l’expérience positive d’un retrait et de l’absence dynamique, de l’expérience rétentive de la trace dans le blanc qui reste. Puis, le mur reprend de la présence, se re-présente, en quelque sorte, acquiert une présence nouvelle et inédite. La disparition fait apparaître la diversité et les jeux possibles de phénomènes occultés (la présence du mur, sa texture, les volumes, l’action des lumières, le rapport à l’espace et aux autres spectateurs). L’expérience s’enrichit de nouvelles qualités de présence. Elle intensifie et réveille notre présence sensible au monde dans la lumière ambiante.

Si le motif — figuratif ou non, parfois incertain — n’a pas en soi de nécessité fondamentale, il manifeste néanmoins une interrogation autour, par exemple, de ce que John Cage a pu formuler ainsi : « La Vie sans structure est invisible Â» (Discours sur rien, 1959). Telle ligne d’horizon ou telle composition d’une partition de lumière (comme dans Hommage à Robert Irwin) sert ainsi de point d’appui ou de structure pour rendre mieux visible notre rapport au monde et à la vie, à l’étendue et à la durée.

Les Diaphanies, comme les Partitions pour chambre à lumière, interrogent et tentent de structurer notre rapport esthétique à ce que nous sommes dans la perspective d’une phénoménologie de l’inapparent. CB.

 

Étude n°6-8, 2012 (Hommage à Robert Irwin). Série Partitions pour chambre à lumière.

« Ã‰tude n°6-8, 2012 (Hommage à Robert Irwin) Â», de la série Partitions pour chambre à lumière est une Å“uvre qui prolonge les questionnements soulevés par Robert Irwin à la fin des années 1960 lorsque, dans une démarche de démantèlement de l’acte pictural, il mit progressivement en doute la marque, la ligne, les bords de la toile puis le cadre au point où dans un processus de réduction, de dissolution de la forme et de l’objet, toute son attention se porta sur l’ombre, transformant ainsi l’objet tableau en « pure lumière et espace Â» (pure light and space).

La série des Discs, à mi-chemin entre peinture et sculpture, marque un tournant dans ce processus de démantèlement, sa recherche picturale passant d’un « art non référentiel Â» à l’idée que « l’art est une non-chose Â», étape décive et néanmoins transitoire puisqu’ensuite, poursuivant ses questionnements dans l’espace tridimensionnel, il associera à l’ombre (et à la lumière) la notion d’atmosphère, parvenant à l’idée d’un « art du non-objet Â», qu’il décrit aussi comme « un art du phénomène Â».

« Ã‰tude n°6-8, 2012 (Hommage à Robert Irwin) Â» prolonge la recherhe d’Irwin sur l’importance accordée à l’ombre et à la lumière dans toute expérience esthétique et plus précisément, dans le cas d’Irwin et dans la démarche plastique qui est la mienne, dans toute expérience phénoménale.

Si dans la série des Discs, Irwin parvient à susciter le doute sur la matérialité du disque par un travail sur la lumière et l’ombre, par une dissolution de la matière et de ses contours par la lumière, dans « Ã‰tude n°6, 2012 (Hommage à Robert Irwin) Â», il s’agit de créer ou d’effacer la perception d’une forme, en l’occurrence d’un disque, de façon totalement immatérielle (sans disque réel et sans lumière focalisée). Il s’agit de susciter des perceptions de forme à partir de la seule lumière et de l’ombre, alors que cette ombre n’en est pas véritablement une mais fonctionne plutôt comme une ombre de notre attention.

« Ã‰tude n°6-8, 2012 (Hommage à Robert Irwin) Â» est une Å“uvre posant les jalons de ma démarche plastique qui vise à faire en sorte que l’œuvre se manifeste en dehors ou à côté de toute propriété objective réelle. CB.

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